Métavers, cloud, cyberharcèlement : les propositions des candidats à la présidentielle sur le numérique

Protection des données, lutte contre le cyberharcèlement et la cybercriminalité, innovation… on fait le point sur les propositions des candidats concernant le numérique, à moins d’un mois du premier tour de la présidentielle.

Le premier tour de l’élection présidentielle aura lieu le 10 avril et le second le 24 avril. © AFP / Magali Cohen / Hans Lucas

Sujet d’avenir, le numérique n’en est pas moins absent des débats de la campagne présidentielle. Pourtant, les candidats ont des programmes, plus ou moins fournis, en la matière. Certains ont pris le sujet à bras-le-corps en développant tout un chapitre de leur projet et proposent des mesures inédites et parfois détonantes. Voici leurs principales propositions.

Emmanuel Macron a présenté son projet jeudi 17 mars devant la presse.
Emmanuel Macron a présenté son projet jeudi 17 mars devant la presse. © AFP / Arthur Nicholas Orchard / Hans Lucas

Le “métavers européen” d’Emmanuel Macron

La vision. Le président-candidat souhaite continuer à “investir massivement dans l’innovation“, tout en protégeant les entreprises et citoyens français en régulant les grandes plateformes.

La mesure phare. Lors de la présentation des grandes lignes de son programme jeudi dernier, Emmanuel Macron a annoncé vouloir “bâtir un métavers européen“. Le métavers est une nouvelle façon de concevoir Internet, comme un monde en trois dimensions que l’on explore via un avatar qui se promène dans un espace virtuel où les “sites” sont des lieux à proprement parler. Créer un “métavers européen” permettrait “à tous nos créateurs de créer et de ne pas dépendre d’agrégateurs anglosaxons et chinois qui pourront contourner les règles du droit d’auteur et du droit voisin”, a précisé le président-candidat.

Les autres mesures :

  • Mettre en place le “contrôle parental des écrans par défaut” et renforcer la lutte contre le harcèlement sur Internet ;
  • Achever la couverture numérique du territoire par la fibre d’ici 2025 ;
  • Investir massivement dans l’innovation agricole : robotique, numérique, sélection variétale, etc. ;
  • Généraliser l’enseignement du code informatique et des usages numériques à partir de la 5e ;
  • Mettre en place 20 000 accompagnateurs pour aider les Français qui en ont besoin dans la maîtrise des outils numériques et leurs démarches quotidiennes ;
  • Proposer des expériences en réalité virtuelle, autour de nos musées, de notre patrimoine et de nouvelles créations, en protégeant les droits d’auteur et droits voisins ;
  • Mettre en place un filtre anti-arnaques pour avertir en temps réel tous les usagers d’Internet avant qu’ils ne se rendent sur un site potentiellement piégé ;
  • Mettre en œuvre du recrutement de 1 500 cyberpatrouilleurs ;
  • Mettre en place d’un numéro joignable en permanence pour être conseillé et accompagné face à la cybercriminalité.

Son programme complet est à retrouver ici.

Jean-Luc Mélenchon a présenté une partie de son programme à Nantes le 16 janvier.
Jean-Luc Mélenchon a présenté une partie de son programme à Nantes le 16 janvier. © AFP / Frederic Petry / Hans Lucas

Le “centre national du jeu vidéo” de Jean-Luc Mélenchon

La vision. Pour le candidat insoumis, “la révolution numérique est une chance immense pour l’humanité”. “Elle peut permettre un développement humain, scientifique et démocratique inédit à condition de ne pas laisser faire les multinationales qui veulent se l’accaparer pour leurs seuls profits”, précise Jean-Luc Mélenchon dans son programme. 

La mesure phare. Ses équipes ont concocté toute une série de mesures consacrées au numérique et proposent notamment de créer un centre national du jeu vidéo. “Nous les Français, dans quoi on est bon en ce moment dans la culture ? Dans le jeu vidéo“, a expliqué ce “fan de jeu vidéo comme instrument artistique” sur le plateau d’Élysée 2022 le 10 février dernier. Il entend donc développer une filière publique de formations dans ce domaine.

Les autres mesures :

  • Garantir le droit à un accès minimal gratuit à Internet et garantir la couverture numérique de tout le pays en fibre d’ici 2025 ;
  • Protéger les données personnelles, notamment en dotant la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) de moyens de contrôle efficaces et en constitutionnalisant le droit au chiffrement des données et des communications ;
  • Passer sous contrôle public les infrastructures du numérique et des télécommunications ;
  • Refuser la censure privée sur les réseaux sociaux opérée par les GAFAM ;
  • Garantir l’hébergement des données des services publics français et des entreprises essentielles sur des serveurs de droit français situés en France ;
  • Défendre une gouvernance mondiale d’Internet en établissant une agence consacrée à l’ONU ;
  • Créer la mission nationale de maîtrise de l’intelligence artificielle ;
  • Créer une fonderie française pour microprocesseurs ;
  • Rétablir la propriété française publique sur Alcatel Submarine Networks ;
  • Réduire l’impact écologique du numérique (réglementations sur l’obsolescence programmée, politiques incitatives sur le low-code, indice carbone sur le Web…).

Son programme complet est à retrouver ici.

Nicolas Dupont-Aignan veut une souveraineté numérique.
Nicolas Dupont-Aignan veut une souveraineté numérique. © AFP / EMMANUEL DUNAND

Le “Google français” de Nicolas Dupont-Aignan

La vision. Pour le candidat de Debout la France, “la réelle maitrise des technologies de télécommunication et l’excellence française en informatique ont été gâchées par l’inaction des différents gouvernements“. Avec son projet, il entend assurer à la France “sa propre souveraineté numérique, au service de nos intérêts, de notre sécurité mais aussi de notre culture“.

La mesure phare. Nicolas Dupont-Aignan rêve donc de “lancer notre propre moteur de recherche” “un « google » francophone”, précise-t-il dans son programme. Idem, il souhaite lancer “nos propres réseaux sociaux“, “plateformes de streaming“, un “magasin digital d’applications et de contenus (tous médias) indépendants”. Des plateformes françaises qui existent déjà mais n’ont pas l’envergure de celles américaines ou chinoises.

Les autres mesures :

  • Obliger tous les dirigeants, hauts-fonctionnaires personnels sensibles à utiliser des moyens de télécommunication sécurisés, protégés de tout risque d’espionnage ;
  • Avoir des mégacentres de calculs et d’hébergement de données, éco-responsables et même producteurs d’énergie pour le chauffage collectif ou individuel ;
  • Protéger les chercheurs, jeunes pousses et grandes sociétés françaises des partenariats transnationaux forcés et des acquisitions étrangères dans le domaine de l’intelligence artificielle, des semi-conducteurs, de l’optique et de l’informatique quantique en reconstruisant des chaînes souveraines, des filières complètes, jusqu’à leur commercialisation mondiale ;
  • Assurer une formation et un accompagnement continu au numérique, adaptés et efficaces pour tous, avec prise en compte de l’illectronisme, une sanctuarisation “sans digital” à l’école élémentaire mais “excellence numérique” dès le collège ;
  • Faire un moratoire sur l’exploitation des objets connectés et une révision constitutionnelle pour assurer l’interdiction de traçabilité sur le territoire français sans consentement libre, éclairé et enregistré ;
  • Créer l’Agence européenne de l’informatique quantique.

Son programme complet est à retrouver ici.

Eric Zemmour veut lutter contre les géants américains du numérique.
Eric Zemmour veut lutter contre les géants américains du numérique. © AFP / Quentin De Groeve / Hans Lucas

Éric Zemmour veut favoriser l’émergence de “stablecoins euro”

La vision. Le candidat Reconquête! entend “faire du numérique un outil de prospérité et de rayonnement pour la France“. 

La mesure phare. Éric Zemmour propose de “ne pas laisser le monopole des stablecoins à des entités extra-européennes en favorisant l’émergence de stablecoins euro par le secteur privé européen sans attendre le projet d’euro numérique porté par la Banque centrale européenne”. En clair, réguler les variations des cours des cryptomonnaies en les indexant sur une devise, en l’occurrence l’euro.

Les autres mesures :

  • Faire émerger des solutions françaises souveraines dans le cloud et la cybersécurité et investir dans les technologies de rupture (en particulier intelligence artificielle, ordinateur quantique et semi-conducteurs) ;
  • Imposer par la loi que les données sensibles des Français ainsi que les données stratégiques de l’État et du secteur privé soient hébergées et sécurisées en France sur des solutions souveraines ;
  • Garantir une connexion haut débit à chaque Français et chaque entreprise sur tout le territoire ;
  • Permettre à tout citoyen de faire toutes ses démarches administratives sur Internet en accélérant la numérisation des services de l’État et la mise à disposition des données ;
  • Pourvoir à la demande croissante d’emplois dans le numérique en donnant une place de choix à l’enseignement de la programmation informatique dès le secondaire et notamment une initiation au code dès le collège et la création d’écoles spécialisées ;
  • Mieux protéger les enfants et les adolescents contre le harcèlement, la pédophilie et l’incitation à la violence en organisant des « États généraux des réseaux sociaux et numériques » ;
  • Lutter contre l’exposition des enfants et des mineurs aux sites violents et pornographiques en instaurant par la loi l’activation par défaut du contenu protégé et du contrôle parental sur les appareils numériques ;
  • Imposer dans tous les nouveaux appels d’offres d’outils numériques pour les entités publiques et les grandes entreprises l’accessibilité aux personnes en situation de déficience visuelle ou cognitive.

Son programme complet est à retrouver ici.

Yannick Jadot propose de privilégier les entreprises dans les marchés publics.
Yannick Jadot propose de privilégier les entreprises dans les marchés publics. © AFP / Alain JOCARD

Le “Buy European Tech Act” de Yannick Jadot

La vision. Le candidat écologiste veut “réconcilier le dynamisme des entreprises, leur capacité d’innovation avec l’intérêt général“.

La mesure phare. Yannick Jadot veut créer un “Buy European Tech Act” pour favoriser les entreprises européennes dans les marchés publics.

Les autres mesures :

  • Garantir l’accès au numérique à tous via le déploiement de la fibre et du réseau mobile sur tout le territoire, le wifi gratuit dans tous les bâtiments publics, des “tarifs très sociaux” mis en place pour les équipements numériques et la formation des personnes en difficulté face aux outils informatiques ;
  • Interdiction des écrans numériques publicitaires ;
  • Création d’un organisme pour la transparence et l’éthique des algorithmes qui aura pour rôle de suivre et d’alerter sur les logiciels et algorithmes qui mettent en danger les libertés et le droit à la vie privée ;
  • Renforcer les moyens de la lutte contre la cybercriminalité, le harcèlement et la haine en ligne ;
  • Organiser un débat européen autour de l’émergence d’un écosystème numérique diversifié, déconcentré et démocratiquement contrôlé, avec l’instauration de nouvelles normes européennes anti-trust ;
  • Généraliser les pratiques de numérique inclusif ;
  • Défendre le droit d’auteur et l’exception culturelle face aux géants du numérique ;
  • Enseigner l’utilisation des réseaux sociaux à l’école.

Son programme complet est à retrouver ici.

Valérie Pécresse veut repérer les
Valérie Pécresse veut repérer les “talents” du numérique dès la seconde. © AFP / EMMANUEL DUNAND

Valérie Pécresse veut “former 1 million de talents numériques d’ici 2030”

La vision. La candidate des Républicains entend faire du numérique “une filière souveraine”. “Il faut faire grandir nos talents et nos entreprises”, estime Valérie Pécresse.

La mesure phare. La candidate veut “lancer un grand plan numérique pour former 1 million de talents numériques d’ici 2030”. Elle propose de faire en seconde “un grand rendez-vous du numérique” lors duquel on repère les jeunes “qui ont vraiment le talent pour le numérique” et on les “emmène vers les métiers du numérique” en les orientant vers des filières générales ou professionnelles, écoles d’ingénieurs, BTS, etc.

Les autres mesures :

  • Créer une École nationale du numérique ;
  • Reconvertir 50.000 fonctionnaires et des demandeurs d’emploi aux métiers du numérique ;
  • Faire voter une loi “souveraineté et responsabilité numériques” dès la première année de son mandat au sujet des infrastructures, des logiciels et des algorithmes, de la protection des données et de la cybersécurité ;
  • Création d’un Haut conseil à la souveraineté économique et numérique pour protéger les entreprises numériques ;
  • Avoir “un cloud souverain à l’horizon 2030” ;
  • 50% de la commande publique en logiciels et algorithmes devra passer par des fournisseurs français et européens ;
  • Avoir des Data center neutres en carbone à l’horizon 2030 ;
  • Mettre en place un “chèque récupération” de 10 euros pour un téléphone usagé recyclé et 50 euros pour un ordinateur ;

Son programme complet est à retrouver ici.

Anne Hidalgo veut taxer les géants du numérique
Anne Hidalgo veut taxer les géants du numérique © AFP / Loic VENANCE

La “commission nationale de suivi des réseaux sociaux” d’Anne Hidalgo

La vision. La candidate socialiste entend faire du numérique l’une de ses “quatre grandes odyssées” pour réindustrialiser le pays.

La mesure phare. Anne Hidalgo veut créer une commission nationale de suivi des réseaux sociaux auprès du Défenseur des droits pour “dénoncer les sociétés qui ne respectent pas les lois françaises et engager des poursuites pénales contre les réseaux qui continueraient à tolérer le harcèlement en ligne et les discriminations”.

Les autres mesures :

  • Œuvrer pour la sobriété numérique (développement des filières de réemploi et de reconditionnement d’équipements électroniques, qui bénéficieront d’un taux réduit de TVA ; charte de réduction de leur empreinte carbone pour les Data Center ; réduction des ondes ambiantes en engageant la libération progressive des fréquences obsolètes) ;
  • Investir dans les infrastructures pour lutter contre la fracture numérique ;
  • Organiser des états généraux de la pédagogie organisés en 2022 pour réfléchir aux nouveaux apprentissages à l’école, notamment les nouveaux langages du numérique ;
  • Mettre en place une taxe sur les géants du numérique à l’échelle de l’Union européenne ;
  • Généraliser les formations en alternance post-bac, notamment dans les secteurs du numérique ;

Son programme complet est à retrouver ici.

Fabien Roussel consacre une partie de son programme à la lutte contre le harcèlement.
Fabien Roussel consacre une partie de son programme à la lutte contre le harcèlement. © AFP / Quentin De Groeve / Hans Lucas

La lutte contre le harcèlement, “grande cause nationale” avec Fabien Roussel

La vision. Le candidat communiste veut protéger les jeunes des dangers d’Internet et protéger “l’art et la création de la domination de l’industrie numérique nord-américaine, qui pille leur contenu et les uniformise“.

La mesure phare. Fabien Roussel souhaite faire de la lutte contre le harcèlement scolaire et le cyber-harcèlement une “grande cause nationale”. “Une éducation au numérique sera proposée, afin d’éviter les dangers des réseaux sociaux, tout au long de la vie“, détaille-t-il dans son programme.

Les autres mesures :

  • Contraindre les plateformes numériques à coopérer avec la justice et de supprimer les contenus violents, haineux et discriminatoires ;
  • Faire une loi conférant un statut et des droits sociaux pour les travailleuses et travailleurs des plateformes numériques ;
  • Faire cesser l’opacité des algorithmes des plateformes.

Son programme complet est à retrouver ici.

Jean Lassalle propose de créer un Capes spécifique au numérique.
Jean Lassalle propose de créer un Capes spécifique au numérique. © AFP / Loic VENANCE

Jean Lassalle souhaite un “Capes spécifique” au numérique

Jean Lassalle propose peu de mesures concernant le numérique. Il souhaite créer une nouvelle discipline pour maîtriser les outils numériques et notamment un Capes spécifique. Le candidat veut également désenclaver les campagnes par le développement de téléphonie, de la fibre optique et de la 4G partout sur le territoire.

Son programme complet est à retrouver ici.

Pas de numérique dans les programmes de Nathalie Arthaud, Marine Le Pen et Philippe Poutou

Le numérique n’apparaît en revanche pas dans le programme de Nathalie Arthaud, Marine Le Pen et Philippe Poutou. La candidate du Rassemblement national propose toutefois de créer des géants français et européens du numérique pour remplacer les Gafa.

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Métavers, cloud, cyberharcèlement : les propositions des candidats à la présidentielle sur le numérique

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